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Révolution dans le monde de l’optique : La vision d’avenir de l’ancien d’Essilor

Publié le 8 août 2016

Avec sa petite entreprise M Optics, Moreno Lucchesi compte bien révolutionner le monde des opticiens et redorer la mauvaise image que se coltine la profession. Un comble. Pour ce faire, une machine conçue par l’ancien d’Essilor. Elle permet de gagner temps et crédibilité dans le réglable laborieux des verres progressifs ou de gros cylindre.

En 2013, Essilor « restructure », comme on dit. Moreno Lucchesi y travaille depuis un quart de siècle, il  a 49 ans et part « libéré de toute clause » y compris de concurrence. Une aubaine : il devient consultant pour des fabricants de verres et certains fournisseurs d’Essilor, d’anciens concurrents même, deviennent ses clients. Surtout, il a un projet en tête. Il crée sa petite entreprise, M Optics, au sein du réseau Synergie Lorraine de Thionville-Yutz, pépinière rattachée à la CCI. Son idée : révolutionner le réglage des verres progressifs notamment. Alors que ces derniers sont des concentrés de technologie, créés sur-mesure d’après des cotes précises, ils sont souvent réglés sur les montures (une étape très importante) à l’aide d’un simple réglet : une petite règle en plastique aux graduations grossières. Pour que le verre progressif (ou de gros cylindre, pour les forts astigmatismes) fonctionne, il doit être bien centré sur l’œil en hauteur comme en largeur, mais aussi selon un axe de rotation précis, ça se joue à 2 degrés près : très difficile à vérifier à l’œil nu. Le principe du verre progressif c’est une double correction, avec toutes les nuances intermédiaires, des verres qui doivent être parfaitement réglés sous peine de balancement de l’œil et de tangage, parfois jusqu’au vomissement dans les cas extrêmes. Un gâchis au vu de la technicité du produit final, estime Moreno Lucchesi. Sa machine, baptisée EYEsy (et EYEsy pro, pour sa version atelier déjà vendue à des fabricants de verres qui proposent de plus en plus des verres déjà montés) permet les mesures digitales : en remplaçant le réglet artisanal par le numérique, un gain de temps et d’efficacité qui se double d’une crédibilité accrue de la profession lors de la phase la plus laborieuse. Après un an de travail, EYEsy a été présenté au dernier salon international de l’optique (le MIDO) et plusieurs brevets ont été déposés avec le cabinet Rhein-Berger-Poupon.

Redorer l’image

L’étape de la commercialisation est aujourd’hui lancée avec la nécessité d’expliquer aux opticiens ce qu’ils y gagneront. « Les verriers communiquent sur les verres progressifs, explique Moreno Lucchesi. Sur quoi communiquent les opticiens ? », lance-t-il de façon rhétorique, regrettant au passage la mauvaise réputation dont souffrent ces commerçants : grosses marges, pas assez de transparence… Pour sa démonstration, il prend l’image des pneus achetés auprès d’un fabricant, mais montés (et réglés parfois) par un garagiste. « Ce montage, l’opticien n’a rien pour le valoriser », estime-t-il. « Pire encore, les verres progressifs sont fournis avec une carte de contrôle qui permet d’aller ensuite faire les réglages n’importe où. » La machine du Mosellan permet de lire les données en 20 secondes, en repérant l’axe notamment, et de les montrer au client, ou de les stocker sur un serveur dédié pour un suivi personnalisé, un “carnet de vue” auquel le client accède via un QR code.

Culture du contrôle

Encore faut-il que les porteurs de verres progressifs (ou de gros cylindres) de plus en plus nombreux acquièrent cette culture du contrôle et du réglage des verres, comme ils le font pour les pneus de leur voiture. « La durée de vie d’une monture, comme celle de verres, est de deux ans en moyenne », explique le spécialiste. Deux ans pendant lesquels les lunettes seront malmenées, tordues par l’enlevage ou le stockage sur un tableau de bord chaud par exemple. Pour cela Moreno Lucchesi compte aller à la rencontre des usagers lors d’une animation en galerie commerciale, afin de “tester” les lunettes des passants et de les inviter à aller chez leur opticien habituel. « Les garagistes ont su redorer leur image, en mettant en place des labels notamment, c’est au tour des opticiens de faire valoir leurs gages de qualité », poursuit Moreno Lucchesi qui estime « qu’aujourd’hui, on connaît mieux ses pneus que ses verres de lunettes ». Construire des machines, voilà ce qui a toujours motivé Moreno Lucchesi qui se souvient avoir démonté sans compter les deux-roues que son père a vendus un temps, sans toujours réussir à les remonter au passage. Celui qui est né il y a 51 ans à Algrange est un mécanicien de formation, d’abord passé par les bancs de l’IUT génie mécanique à Metz, puis par ceux de l’ENIM. Il écourte son école d’ingénieurs pour cause d’obligations familiales, un bébé s’annonce. Voilà comment il atterrit dans le chocolat, chez Lanvin à Dijon, où un stage se prolonge en expérience de 5 ans à remplacer l’automatisme de la ligne de préparation des mélanges de caramels. Petit passage (6 mois) dans un petit bureau d’études (2 personnes) avant de rejoindre un géant dans la fabrication de verres : Essilor, où il restera 25 ans.

Bataillons d’ingénieurs

À Ligny-en-Barrois, dans la Meuse, il entre comme ingénieur en recherche et développement et finit responsable d’un atelier de fabrication de machines spéciales, à la tête d’une équipe d’une dizaine de personnes. « C’était l’époque où Essilor explosait, ils ont pris le parti d’embaucher des ingénieurs issus de l’industrie et de les former à l’optique. » Moreno passe l’équivalent du BTS opticien et suit des cours d’optique à Paris. Il se passionne pour un milieu où tout est à imaginer : « Ce groupe qui sortait quasiment de l’artisanat, qui avait inventé le verre progressif et le verre organique (en plastique par opposition aux verres… en verre) devait inventer les machines et les procédés pour fabriquer en quantité », se souvient l’ingénieur qui a lui-même formé « des bataillons d’ingénieurs à la fin des années 80 ». Il a voyagé à travers la planète, accompagnant les ouvertures d’usines, les lancements de nouvelles techniques. Aujourd’hui c’est sa propre vision qu’il porte sur l’avenir.

Quelques chiffres et des partenaires

• 3% des verres montés doivent être refaits, car les clients ne parviennent pas à s’y adapter. Dans 40% des cas, c’est le montage qui est en cause « parce que les opticiens n’ont pas les outils », juge Moreno Lucchesi. • 1h30 de travail en face à face avec le client : c’est le temps que demande la vente d’une monture à verres progressifs. Outre l’accueil et le conseil, il faut prendre les cotes, puis effectuer les réglages, ajuster… 10% des clients reviennent en magasin. Un opticien c’est 6 montures vendues quotidiennement en moyenne, soit 2 000 par an dont un tiers équipées de verres progressifs. • De 50 € à 500 € par verre progressif, la fourchette est large. Des opticiens low-cost se développent sur internet ou en boutiques qui proposent des lunettes équipées de verres progressifs à moins de 70€. Moreno Lucchesi travaille en partenariat avec le lycée professionnel Saint-André d’Ottange, qui propose une formation des métiers de l’optique. « Ils ont une machine qui leur sert d’outil pédagogique, explique l’entrepreneur. Et ils nous ont aidés à affiner la présentation des résultats telle qu’elle apparaît à l’écran. » Autre réseau sur lequel l’entrepreneur a pu compter, lui qui vient de l’industrie et possède moins la culture “levée de fonds” que d’autres porteurs de projets : Synergie, la CCI, la Région, la BPI ou le Réseau entreprendre dont il a été lauréat de différentes bourses dont celles pour projets particulièrement innovants. Source : http://www.lasemaine.fr/2016/04/13/la-vision-davenir-de-lancien-dessilor

EYEsy révolutionne l’optique

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